Lorsqu’il est question d’allergies alimentaires tous ne savent pas toujours de quoi il est question, et par méconnaissance, prennent la chose à la légère. Pour faire la lumière sur ce phénomène courant mais peu connu, j’ai eu la chance de discuter avec une fabuleuse personne, cela dit sans aucune impartialité, ma petite sœur pas si petite que ça. En 10e année à l’école secondaire catholique L’Escale, sportive aguerrie, les allergies alimentaires sont pour elle un combat quotidien contre la mort.
Marie-Christine Corbeil : Parlez-nous un peu de vous. À quoi êtes-vous allergique?
Véronique Corbeil : Depuis toujours, je suis allergique. On a découvert mon allergie aux arachides lorsque j’avais un an alors que mes parents m’ont fait manger du beurre d’arachides et que j’ai fait une réaction anaphylactique (enflure de la bouche, de la gorge, difficulté à respirer, etc.). Malheureusement, une seule allergie ce n’était pas suffisant; en juillet 2007, j’ai eu la surprise, en camping, de découvrir que j’étais aussi allergique au soya.
MCC : Vos allergies, c’est très dangereux?
VC : Oui, c’est dangereux parce qu’en une fraction de seconde je peux mourir, le poids de mes décisions est plus grand que pour d’autres parce que ma vie est plus vulnérable.
MCC : Pouvez-vous m’expliquer la différence qui existe entre une allergie alimentaire et une intolérance alimentaire?
VC : Une allergie c’est une question de vie ou de mort, la réaction anaphylactique est grave et peut facilement être fatale. Une intolérance c’est bénin (pas nécessairement banal), mais surtout, les conséquences sont temporaires; un mal de ventre par exemple.
MCC : Une allergie alimentaire ça implique donc d’avoir toujours un EpiPen à porter de main?
VC : Oui et ce n’est pas toujours évident, en plus de penser aux ingrédients de tout ce que j’avale, je dois m’assurer d’avoir mes EpiPen avec moi, il faut aussi que les gens qui m’entourent sachent l’utiliser sinon c’est comme ne pas en avoir. Mais l’EpiPen ce n’est pas tout, après avoir été injectée, l’adrénaline qu’elle contient fait battre le cœur mais elle ne règle pas le problème, elle laisse seulement 15 minutes de plus pour se rendre à l’hôpital.
MCC : Un aussi grand risque doit transformer votre vie. Au quotidien, qu’est-ce que ça représente?
VC : (Rires) C’est une immense responsabilité.
MCC : Par exemple?
VC : Si quelqu’un veut boire dans mon verre, il faut que je sache ce qu’il a mangé avant. Il faut que je sache bien reconnaître les symptômes pour ne pas les confondre avec une langue qui chauffe après avoir mangé trop de sel par exemple. D’un autre côté, ça devient une habitude de lire toutes les listes d’ingrédients, de traîner mon EpiPen et de revérifier ce que contient tout ce que je mange. En plus, ça m’empêche de manger trop de choses moins bonnes pour la santé et d’avoir à goûter aux choses peu appétissantes qu’on m’offre parfois.
MCC : Vous êtes responsable de vous-même quant à vos allergies mais est-ce que ça devient aussi la responsabilité de votre entourage?
VC : C’est leur choix de manger ce qu’ils veulent quand ils le veulent mais il faut quand même qu’ils prennent conscience que c’est vraiment dangereux pour moi. Sauf qu’à la fin, c’est toujours moi qui suis responsable; responsable de leur dire que ça m’inquiète ou que ça me dérange, responsable, s’il le faut, de m’éloigner.
MCC : Est-ce que vous arrivez à vivre une vie normale d’adolescente de 16 ans?
VC : C’est quoi une vie normale? Je pense que tout le monde a ses contraintes, certains plus que d’autres, et je fais partie de ceux-là. Oui, être allergique m’empêche de manger certaines choses, me limite parfois, me donne plus de responsabilités, mais ce n’est pas un choix. On finit par s’y habituer, comme n’importe quoi. De toute façon, les chances que mes allergies disparaissent ne sont pas calculables.