Nous sommes sur la rue Ste-Catherine à Montréal, la rue Lafontaine à Ottawa ou bien dans la Basse-Ville de Calgary. Le jour, tout est normal, mais la nuit, les choses changent. Nous sommes dans les quartiers des prostituées, dans un lieu de pauvreté où les mendiants et les sans-abris se côtoient dans leur vie de misère. Nous sommes dans le coeur de la métropole, là où tout peut changer du jour au lendemain.
Maintenant, reculons de quelques siècles dans la passé, à l'an de Dieu 1627. On se retrouve dans les ruelles de Paris, l'air y est infect et les mendiants sont innombrables. On vous assaille de tout côté; un infirme, un vieillard, un aveugle, des enfants même, tous réclament une aumône de votre part.
Plus loin, une fille de joie vous offre ses charmes et d'autres essaient de vous entraîner dans un de leurs bordels. Vous passez votre chemin mais on vous assomme par derrière. Vous ne vous réveillerez sûrement pas. Bienvenue dans la Cour des miracles!
Dans une époque qui se situe entre la fin de la Renaissance et le début de la Révolution, les voleurs, les mendiants et les sans-abris créèrent les Cours des miracles, appelées ainsi car ceux qui y entraient étaient guéris «comme par enchantement» des maux qui les incombaient.
En réalité, tous les moyens étaient bons pour avoir la sympathie de ceux que l'on voulait arnaquer; c'est pourquoi les filous feignaient souvent une maladie quelconque pour s'attirer les bonnes grâces des passants. Le soir, lorsqu'ils entraient dans la Cour, leur «déguisement» tombait et ils redevenaient des hommes, des femmes et des enfants sans aucune maladie ou infirmité.
C'est pourquoi ces lieux mystérieux furent baptisés par le peuple la Cour des miracles. La vie dans ces lieux était joyeuse et la nuit était moment de fête; fête qui avait comme financement premier les bourses volées aux Français.
Bien que décrit comme lieu de débauche, de meurtres et de vices, la Cour est très bien organisée. En effet, aussi étrange que cela puisse paraître, les mendiants avaient un code de conduite très strict et les récalcitrants étaient souvent roués de coups, pour les endurcir disaient-ils.
Tout comme dans la hiérarchie française, les voleurs élisaient un roi, qui régnait sur toutes les Cours des miracles de France. Ensuite venaient les «Ducs», sortes de capitaines qui s'occupaient de représenter la «royauté» dans chacune des Cours. Puis vient une myriade de dénomination, une pour chaque type de mendiant, en passant par les victimes du «feu du ciel» jusqu'aux jeunes orphelins qui mourraient de froid.
Qui ne se souvient pas d'Esméralda et de Chopin? Dans Notre-Dame de Paris de Victor Hugo, adapté au cinéma par Disney, les deux font partie de la Cour des miracles, un lieu de rencontre pour les gitans et les mendiants et dont l'emplacement n'est révélé qu'aux initiés. Esméralda, la gitane, ne se laisse pas marcher sur les pieds, bon exemple du style de pensée qui regroupe les gitans.
Dans la réalité comme dans le film, la monarchie n'approuve pas ces genres de rassemblements, qui affaiblissent la stabilité du royaume et nuisent au bon fonctionnement de la société. Mais malgré tout cela, qui n'a jamais voulu, lors de sa jeunesse, aller danser avec les gitans sur leur musique entrainante et avec leurs habits éclatants? Les enfants se reconnaissent dans les gitans, ils sont frivoles et ne veulent qu'une chose : s'amuser. C'est là le message de Disney : dans chaque adulte se cache un enfant qui n'attend que vous pour jouer.
La prochaine fois que vous irez à Montréal, à Ottawa ou dans n’importe quelle grande ville et que vous passerez devant une prostituée et que vous la jugerez, souvenez-vous de deux choses : qu'elles sont humaines tout comme vous et que c'est vous qui êtes de trop dans le décor; vous êtes sur leur territoire, dans leur Cour des miracles.